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De ma lucarne sur l'informatique

Plaidoyer pour un statut des petites activités professionnelles

dans la perspective de la remise en cause du statut de l'auto-entrepreneur à la suite des présidentielles de 2012


Les candidats de gauche et celui du Modem ont remis en cause ce statut pendant la campagne du premier tour. Les plus modérés, Hollande et Bayrou, veulent le transformer en période d'essai du travailleur indépendant. D’autres le qualifient « d’arnaque ».

Si on considère le statut des salariés, aucun salarié ne se voit prélever des cotisations s'il n'a pas de salaire. Bien évidemment, cela parait absurde de le dire, mais il est nécessaire de le souligner pour comprendre ce qui pèse sur les travailleurs indépendants, aucun employeur ne paie de cotisations pour un salarié qu'il ne fait pas travailler ou qui est en congé sans solde.

Le fond du problème est dans les modalités de prélèvement, légalisées, des caisses de retraite. On ne peut pas remettre en cause ce statut sans remettre en cause les pratiques juridiques des caisses de retraite vis-à-vis des travailleurs indépendants et donc la loi.  

Le droit fondamental au travail de toute personne implique de prendre en compte la réalité des faibles activités

Ces faibles activités sont considérées par certains politiques comme le résultat d’une exploitation économique, une variable d'ajustement économique, ou par d’autres comme une concurrence déloyale pour certains corps de métier. Ce sont les principales dérives évoquées.

On pourrait tenter d’analyser les causes de ces dérives. Chacun y va de son explication. Outre les critiques évoquées ci-dessus on trouvera aussi ceux qui y voient un refus corporatiste ou idéologique du partage du travail, ceux qui évoqueront la multiplication des lois sociales qui les rendent de plus en plus abondantes et corrélativement incohérentes, créant des effets de seuil paralysants pour les employeurs. D’autres expliqueront que les grandes multinationales confisquent à leur profit les énergies des TPE et PME. On peut se reporter par exemple à certaines des quarante propositions de la CGPME. Les syndicats de salariés y voient un levier de dévalorisation de leurs efforts. D’une manière générale chaque acteur économique exprime une même réalité difficile dans une perspective qui lui est favorable et où les faibles activités seraient un mal.

Les principaux détracteurs du statut de l’auto-entrepreneur pensent qu’en supprimant les solutions pour gérer les faibles activités, on empêchera l’existence des dérives qui leurs sont attribuées. Mais ces faibles activités existent pour de multiples raisons avec  des personnes qui s’y succèdent de façon kaléidoscopiques et où d’autres s’y inscrivent structurellement.

Les autres facteurs de faible activité sont généralement très sous-estimés. Activité partielle volontaire, liée parfois à un bénévolat également récusé, conjoncture, maladie, activités occasionnelles ou complémentaires, personnalité de l'entrepreneur plus ou moins efficace  dans tous les aspects de son activité ou présentant des difficultés à se faire embaucher, difficultés commerciales, conflits de valeur avec les corporations qui sont souvent très dictatoriales dans leurs pratiques, etc.

Ce sont des réalités, mais toute personne a un droit fondamental au travail, quels que soient ses « défauts » personnels, aux yeux des employeurs ou du corps social, et quelles que soient ses pratiques légales et honnêtes. Tous ces aspects ne relèvent pas uniquement d’une période de démarrage.

Pour mémoire je me souviens que dans les années quatre-vingt on disposait sur nos feuilles d’impôts d’une rubrique de « revenus accessoires » à déclarer.

Le comportement légal des caisses sociales

Auto-entrepreneur, micro-entreprise, indépendant plein pot - avec des complications dues au fait que les caisses sociales et le fisc ont parfois des lectures différentes de ces statuts... tout le monde s'y perd et pourtant ces régimes sont très proches. Pour moi ce sont tous des entrepreneurs individuels que je désigne par "entrepreneur". Les distinctions concernent des niveaux de chiffre d'affaire et l’on perçoit bien aussi que les niveaux de responsabilités sociales sont variés entre ceux qui travaillent seuls et ceux qui emploient du personnel. Ces divers niveaux pourraient très bien être considérés comme des articulations d'un même statut.

Comme je l'ai souligné plus haut, il me semble que la situation de faibles revenus indépendants ne peut pas être considérée comme uniquement liée à une période probatoire, mais essentiellement à une situation économique plus ou moins durable. Le nier, en voulant transformer le statut d'auto-entrepreneur en période d'essai, est un déni de la réalité.

Le principal défaut du statut des travailleurs indépendants est la prétention légale des caisses de retraite à prélever un minimum forfaitaire, même quand ce prélèvement plancher empiète sur des revenus inférieurs au smic, pire, même lorsque le chiffre d’affaire est nul. Et dans ce dernier cas le prélèvement de retraite provoque un déficit que les banques refusent de supporter au-delà de quelques semaines au prétexte qu’il n’y a plus de rentrées d’argent sur le compte. Avec quoi payer ?

On justifie les cotisations de retraite par l’obligation de participer à la retraite des anciens et se donner un droit à en bénéficier plus tard. Mais, pour les excès dont je parle, cette préoccupation « bienfaitrice » a ici un effet très pervers, accompagné d’un discours moralisateur qui dans cette circonstance devient odieux. Pour les indépendants en difficulté, c'est un coupe gorge absolument inacceptable et scandaleux où, au nom de la solidarité nationale, on plonge des personnes dans une situation illégale de fait, inextricable psychologiquement, avec parfois des conséquences en chaines et notamment, pour diverses causes induites, des condamnations juridiques inacceptables… pour pouvoir assurer les retraites, parfois très confortables des autres. Il n’y a pas que des pensions de retraites scandaleusement misérables dans notre société. On tente d’oublier les unes par les autres et on perçoit plus ou moins que la solidarité nationale abrite parfois de solides égoïsmes corporatistes.

Des dégrèvements très partiels sont accordés sur demande par les caisses de retraite… mais en cas de cessation définitive d’activité ils sont légalement réclamés à grands renfort de textes de loi (articles L642 et L643 du code de sécurité sociale), quand bien même, généralement l’ancien indépendant est alors au chômage sans aucune allocation pour perte d’emploi ! Ces situations doivent cesser pour l’ensemble des indépendants. Là encore, avec quoi payer ?

L'URSSAF s'est déjà assouplie puisqu'il suffit de contester l'assiette de cotisations provisionnelles pour payer des provisions de cotisations adaptées à un chiffre d’affaire prévisionnel ajusté… au lieu d’attendre des remboursements deux ans plus tard quand les dégâts sont consommés en cas de faible chiffre d’affaire ! Mais cette disposition est souvent ignorée.

Enfin sur la question des conséquences de la cessation des activités indépendantes, bien des situations impossibles perdurent car, sans allocation de chômage, l’indépendant en grande difficulté préfère s’entêter dans son activité, seul espoir de ressources.

L'entrepreneur doit pouvoir fonctionner selon plusieurs niveaux de chiffre d'affaire, avec des règles simples en cas de faible activité, comme celles de l'auto-entrepreneur actuel.

Les points essentiels

1-Dans tous les cas de cotisations, le principe « pas de chiffre d'affaire - pas de charge » devrait être appliqué. C'est le principal apport du statut de l'auto-entrepreneur.

2-Ne devrait être pris en compte comme base de cotisation que ce que l'entrepreneur prélève effectivement comme rémunération personnelle et non pas tout son bénéfice. L'indépendant quel que soit son statut doit réinvestir une partie de son bénéfice dans son activité. Ce réinvestissement ne peut pas faire partie de l'assiette de cotisations.

Du point de vue comptable, son prélèvement de rémunération ne devrait pas figurer au compte 108, compte de l'exploitant subdivision du compte de capital, mais sur un compte de gestion de la classe 6, rémunération brute de l'exploitant, qui devrait être créé (parallèle au compte 64 pour son personnel éventuel).

3-Corrélativement au point 2, l'entrepreneur devrait pouvoir éditer des feuilles de rémunérations à l'instar des feuilles de paye où seraient mentionnés son revenu prélevé et sa cotisation sociale.

4-Sa cotisation devrait pouvoir être augmentée éventuellement pour contribuer à Pôle Emploi. Il doit aussi pouvoir améliorer volontairement et ponctuellement sa cotisation de retraite.

5- S'il le souhaite, quel que soit son chiffre d’affaire, l'entrepreneur peut opter pour un certain nombre d'options, dont certaines pourraient être obligatoires à un certain niveau de chiffre d’affaire ou s'il devient employeur.
Il devrait pouvoir par exemple opter pour l’assujettissement à la TVA, comme c'est déjà le cas pour les indépendants.  Ce serait encore plus pertinent dans la perspective, éventuelle, d'un glissement des prélèvements de cotisations sociales vers la TVA. Bien entendu cet assujettissement doit se faire sous le régime des encaissements et décaissements réels et non sur les facturations.

6-En cas de modification de son activité il doit pouvoir adapter immédiatement la géométrie de ses options et obligations.

7-Le temps partiel doit pouvoir être pris en compte, notamment en ce qui concerne les plafonds de cotisation. Un plancher de rémunération de l'exploitant doit être garanti avant de prélever des cotisations de telle sorte qu'un entrepreneur ne soit jamais ponctionné, au prorata du temps de travail, au-delà du smic net. Il doit donc y avoir une déclaration du temps de travail corrélative à la déclaration du chiffre d’affaire.

8-L'éventuel multiplicité de contextes de l’activité de l'entrepreneur doit pouvoir être pris en compte : il faut distinguer les entrepreneurs dont c'est une activité secondaire de ceux dont c'est l’activité principale, de même qu'il faut distinguer ceux qui emploient du personnel et ceux qui travaillent seuls.

En guise de conclusion provisoire, la refonte du statut du travailleur indépendant est nécessaire

Je trouve franchement fort de café que des voix veuillent imposer l’arnaque de détruire la seule solution de gestion des faibles activités qui reste.

Mais je pourrais bien admettre que le statut des auto-entrepreneurs fusionne avec celui des travailleurs indépendants. Il faut pour cela à mon sens refondre le statut du travailleur indépendant de telle sorte qu'il puisse être très simple au démarrage et viable par faible activité... et rester viable si l'activité baisse (maladie, crise économique, etc.). Il faut donc un statut à géométrie variable immédiate.

Les esprits chagrins doivent se rappeler que l’administration et les caisses sociales ne manquent pas de moyens de contrôle contre les abus et que jamais aucune solution politique ne fut  exempte d’abus. Ce n’est pas, par exemple, parce qu’il y a des voleurs qu’on doit remettre en cause le droit de propriété. Il en est de même du droit au travail dès lors que les entreprises et organismes privés, comme les administrations, ont fait la démonstration durable sur plusieurs décennies de leur défaillance pour le garantir à tous. Ce droit au travail est plus important à mes yeux que le droit de propriété, car le deuxième dépend du premier. Il passe par un statut équilibré du travailleur indépendant, adoptable par toutes les intelligences et compétences.

Globalement tout cela doit être étalonné du point de vue des situations, des taux et des montants de telle sorte qu'il y ait une justice entre les salariés, les fonctionnaires et les indépendants et les retraités divers.

Enfin je voudrais exprimer qu’une faible activité n’est pas un mal en soi, qu’elle peut être la seule dignité d’une personne, ou une composante d’une plus grande activité ou d’une activité en devenir ou en redevenir et qu’on ne peut pas, en tout état de cause, détruire objectivement des personnes au prétexte de  les sauver de leur « petitesse » supposée, en regard des normes dominantes. Une faible activité doit pouvoir être viable.

Un chêne est d’abord un gland. On ne fait pas pousser les fleurs en tirant sur leurs pétales… une saine micro-économie leur donnera de la terre, du binage, de la pluie, de la nuit et du soleil et avec tout cela, une petite fleur restera une simple petite fleur. La poésie peut être une valeur économique…par sa force pédagogique. Il faut sortir des léthargies systémiques et normatives pour le comprendre.

Emmanuel Cattier

le 26 Avril 2012
ec.news@free.fr

Charges sociales minimales des non-salariés
droit-finances.net

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